101
oct
2018
Actualités

 

L

Quel est votre diagnostic ?

Un Golden Retriever de 8 ans nous est présenté pour un épisode de fatiguabilité marquée.


1. Quelle est l'anomalie visible sur la radiographie thoracique et l'échocardiographie ?

2. Quelles sont les causes possibles ?

3. Quels sont les possibilités thérapeutiques ?

On a lu pour vous

Jung, S.W., Sun, W., Griffiths, L.G. and Kittleson, M.D. (2016), Atrial Fibrillation as a Prognostic Indicator in Medium to Large-Sized Dogs with Myxomatous Mitral Valvular Degeneration and Congestive Heart Failure. Journal of Veterinary Internal Medicine, 30: 51–57. doi: 10.1111/jvim.13800

La fibrillation atriale chez les chiens de grande race atteints de maladie valvulaire dégénérative et d'insuffisance cardiaque congestive doit être diagnostiquée et traitée !

 

La maladie valvulaire dégénérative (MVD) est la cardiopathie la plus fréquente chez le chien. Seuls certains des animaux atteints évoluent vers une insuffisance cardiaque congestive (ICC).

Les facteurs pronostiques négatifs quant à la survie des animaux de petite race atteints de MVD et d'ICC sont bien connus et incluent une rupture de cordage, une déchirure de l'atrium gauche et une arrythmie cardiaque.

Les caractéristiques de cette maladie sont différentes chez les grandes races par rapport aux petites. La fibrillation atriale (FA) est plus fréquente chez les grandes races et représente la principale tachyarrythmie supraventriculaire chez le chien.

Cette étude (rétrospective sur 64 chiens de plus de 15 kg) a montré que :

  • La présence de FA diminue la médiane de survie (142 jours avec FA contre 234 jours sans FA), 
  • La présence de FA augmente le risque de mortalité associée à la cardiopathie, 
  • La médiane de survie est plus longue chez les chiens présentant des FA et dont le contrôle du rythme cardiaque est obtenu (171 jours) que chez les animaux ne répondant pas aux chronotropes négatifs (61 jours),
  • L'utilisation de diltiazem + digoxine permet un meilleur contrôle du rythme et une meilleure survie moyenne (130 jours contre 35 jours) que le diltiazem seul.

En conclusion, une fibrillation atriale non contrôlée est associée à un taux de mortalité plus élevé chez les chiens de moyenne et grande race atteints d'ICC secondaire à une MVD.

La recherche d'une fibrillation atriale doit donc toujours être entreprise dans ce contexte et le plan thérapeutique doit être le plus adapté possible. La combinaison diltiazem + digoxine semble être une meilleure option dans ces cas que le diltiazem seul.

Réponses
Dr Pierre MEHEUST
Chirurgie et Neurologie, spécialiste en chirurgie, DESV de chirurgie, CES d' Orthopédie
Dr Julien BRUNE
Imagerie, Ancien AH imagerie médicale, DU IRM corps entier.

1. Quelle est l'anomalie visible sur la radiographie thoracique et l'échocardiographie ?

 

La radiographie thoracique montre une augmentation de taille de la silhouette cardiaque. Celle-ci occupe 4 espaces intercostaux sur la vue de profil et présente un aspect globuleux. L'indice de Buchanan est augmenté (=12).

Radiographiquement il s'agit soit d'un épanchement péricardique soit d'une cardiomégalie globale.

L'échocardiographie montre la présence d'un épanchement péricardique important (zone anéchogène à la périphérie du coeur). L'examen échocardiographique a également mis en évidence une tamponade droite.

 

2. Quelles sont les causes possibles ?

 

Les épanchements péricardiques peuvent être de diverses origines :

  • Secondaire à une tumeur :
      >  Visible à l'échographie : par exemple un hémangiosarcome dans la paroi de l'atrium droit (site préférentiel) ou un chémodectome à la base du coeur.
      >  Non visible à l'échographe : par exemple un mésothéliome péricardique.
  • Secondaire à une péricardite idiopathique : les labradors et les golden retrievers y sont prédisposés. 

  • Autres origines : secondaire à une insuffisance cardiaque (ne génère pas de tamponade), secondaire à une coagulopathie, à un état d'hypoprotéinémie sévère, secondaire à un corps étranger (épanchement purulent).

 

L'échocardiographie est donc l'examen de première ligne pour préciser la cause sous jacente. Dans notre cas, une masse trans-pariétale de l'atrium droit a été observée. Un hémangiosarcome est donc fortement suspecté.

 

3. Quels sont les possibilités thérapeutiques ?

 

Dans un premier temps il faut traiter la tamponade cardiaque. 

Pour cela une péricardiocentèse est réalisée sous légère tranquilisation, monitoring et oxygénothérapie. La technique consiste à ponctionner le péricarde, préférentiellement du côté droit (moins de vaisseaux coronaires). Plusieurs cathéters / drains peuvent être utilisés. Ici un cathéter vert a été utilisé sous contrôle échographique. 200 ml d'un liquide hémorragique ont été retirés.

 

La fonction cardio vasculaire rétablie, il est nécessaire de réaliser une péricardectomie pour éviter toute nouvelle tamponade. Celle-ci est indiquée aussi bien lors de péricardite idiopathique que de tumeur. Le pronostic reste dans notre cas trés réservé à cause de la forte suspicion d'hémangiosarcome. 

Quelques chiffres : Médianes de survie :

  •  Epanchanchement péricardique sans et avec présence de masse : MS=1068 j vs 26 j
  •  Réalisation ou non d'une péricardectomie chez les chiens ne présentant pas de masse : MS=1218j vs 532j
  •  Hémangiosarcome cardiaque avec et sans péricardectomie : MS = 56 j vs 11 j 

 

Une péricardectomie est réalisée ainsi qu'une biopsie de la tumeur. L'hypothèse d'hémangiosarcome est confirmée. 

Une chimiothérapie adjuvante à base de doxorubicine a été proposée mais refusée.

Le chien vivra trés bien pendant 6mois.

 

Flèche : Masse trans pariétale atriale droite ; AD : atrium droit ; * : épanchement péricardique

Visualisation de la masse après péricardectomie

Pour en savoir plus...

1. Dunning D, Monnet E, Orton EC, Salman MD. Analysis of prognostic indicators for dogs with pericardial effusion : 46 cases (1985-1996). J Am Vet Med Assoc. 1998;212 (8):1276-1280.

2. Martin MWS, Green MJ, Stafford Johnso MJ, Day MJ. Idiopathic pericarditis in dogs: no evidence for an immune-mediated aetiology. J Small Anim Pract. 2006;47:387-391

3. Mellanby RJ, Herrtage ME. Long-term survival of 23 dogs with pericardial effusions R. J. Vet Rec. 2005;156:568-571.

4. Shaw SP, Rush JE. Canine Pericardial Effusion: Diagnosis, Treatment, and Prognosis. Compend Contin Educ Vet. 2007;29(7):400-404.

5. Stafford Johnson M, Martin M, Binns S, Day MJ. A retrospective study of clinical findings, treatment and outcome in 143 dogs with pericardial effusion. J Small Anim Pract. 2004;45(11):546-552.

6. Stepien RL, Whitley NT, Dubielzig RR. Idiopathic or mesothelioma-related pericardial effusion: clinical findings and survival in 17 dogs studied retrospectively. J Small Anim Pract. 2000;41(8):342-347.

7. Weisse C, Soares N, Beal MW, Steffey MA, Drobatz KJ, Henry CJ. Survival times in dogs with right atrial hemangiosarcoma treated by means of surgical resection with or without adjuvant chemotherapy: 23 cases (1986-2000). J Am Vet Med Assoc. 2005;226(4):575-579.

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